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dimanche 13 décembre 2015

Lever le voile ?

Article initialement paru en juillet 2009.

L’eau est d’un beau bleu profond. Nous la traversons, nous laissant couler jusqu’à la proue de l’Alice Robert. Nez à nez avec le canon de proue, le regard porte plus loin que le plongeur qui parcourt le pont avant, au moins aussi loin que la flèche du mât.


Plus haut, tout est clair. Plus bas, ce voile de gaze qui enveloppe l’épave. Le canon de proue émerge sur ses pattes comme un insecte monstrueux.


Nous passons au-dessus du canon bâbord avant qui retient le filet qui drape sa tourelle presque circulaire.


Et nous laissons le mât qui a la tête dans l’azur et le pied dans le brouillard



Le château disparaît entièrement sous la gaze de ce blanc bleuté, ou bleu très pâle.


A l’arrière, la mitrailleuse à double canon flotte sur cette nappe qui masque le pont en teck.


Une petite cigale a élu domicile sur l’encroûtement entre les deux canons.



Du bateau, nous n’avons vu que le mât et une partie de la proue. Tout le reste des structures visibles n’était qu’armement rajouté peu de temps avant le torpillage. Aurait-il fallu lever le voile pour que tout apparaisse dans le bleu ? Non. Un jour dégagée, un jour dans le noir, un jour dans le brouillard laiteux, un jour propre dans le château, un jour dans un linceul de gaze bleu pâle… Quelle chance de vivre toutes ces ambiances !

Session épaves. 5 : l’Astrée

Article initialement paru en 2009.

Il y a ce jour-là cette brume légère qui rend l’épave un peu fantomatique. Ce voile ne gène pas, même s’il réduit la visi, car il transforme la plongée. L’Astrée se prête bien à cette ambiance où il devient un peu hasardeux d’aller chercher les restes de l’avant et de fouiller les cales à l’arrière pleines de brouillard. Sur l’Astrée, château en lui-même suffit largement à  une explo agréable.
Le bout de balisage conduit à un angle sur l’arrière du château.


Les claires-voies sont encore en partie intactes.


Evoluer au-dessus des coursives donne l’impression de survoler une grande cage, aux barreaux très espacés, faisant trois quarts du tour du château.



Au beau milieu, ovoïde, se trouve l’espace laissé vide par la cheminée disparue.


A proximité, un cerclage est resté seul en place. Peut-être entourait-il un petit réservoir ?


Arrivant par au-dessus, on peut descendre dans la cuisine et fouiller du regard dans le fourneau à la recherche de quelque locataire anguilliforme.


Puis il faut emprunter les coursives pour profiter des jeux de lumière à travers la structure de métal délabrée. J’aime ce reste de hublot ne tenant plus par grand chose, et encore, très corrodé.


C’est part le pont arrière que l’on accède à la salle des machines.


Passé le garde-corps, c’est l’obscurité. Les machines sont là.


Cette salle est très peu ajourée en comparaison du reste du château. On peut descendre et passer dans une autre pièce par une porte arrondie, puis cheminer avec beaucoup de prudence entre les décombres et ressortir… Non, On ne va pas là-bas en bas ! Trop dangereux. On peut se contenter de profiter de l’éclairage providentiel d’une palanquée à l’extérieur usant de ses phares pour percer l’obscurité.


Après être ressorti, et en cheminant vers le bossoir près duquel passe le bout de balisage, il faut être un peu attentif pour observer les flabellines et godives qui vivent toujours dans ce coin. Ces nudibranches apportent des touches de couleurs vives à cet univers de bleu-vert.



Voilà qui termine cette session épaves, quelques images de chacun des  4 cargos, coulés durant la seconde guerre mondiale le long de la côte Vermeille, visités l’un après l’autre plusieurs fois en l’espace d’une grosse semaine dans de bonnes conditions.

Session épaves. 4 : retour sur le Saumur (2/2)

Article initialement paru en 2009.

Remontant le pont avant vers le château, je me dis que les conditions sont suffisamment bonnes pour passer un peu de temps à visiter les restes de la partie habitable. Elle a beaucoup souffert depuis l’an dernier. Tous les montants les plus à l’extérieur ont désormais disparu et une cloison est tombée sur la baignoire.


Le château s’est écroulé sur lui-même de l’intérieur.



Il est facile de passer par le pont inférieur et de traverser les décombres…


… Pour ressortir par une porte de l’étage au-dessus donnant sur le pont à l’arrière.


Entre les cales et les restes du mât de charge arrière, nous retrouvons le poisson lune.







Il est identifiable par la marque claire au bout de sa nageoire ventrale.


Lentement, il finit par s’éloigner de l’épave dans le bleu.


Il nous faut regagner le bout et remonter. Nous avons eu la double chance de la très bonne visi et de ces deux moments passés avec ce poisson un peu étrange pas trop perturbé par notre présence. Rare conjoncture !

Session épaves. 4 : retour sur le Saumur (1/2)

Article initialement paru en 2009.

On peut plonger encore et encore sur une épave, l’explo sera différente au gré des conditions de visi et des rencontres. Parfois, c’est bonne visi et belle rencontre…
Tout le château est visible, et même plus. Nous avons suivi le bout jusqu’à l’épave, comme d’habitude, mais ce guide est aujourd’hui inutile au-delà des 20 m.


Nous contournons les restes de la structure en grande partie effondrée du château et nous partons sur bâbord en direction de la tourelle portant la mitrailleuse, objectif classique lors de la visite du Saumur.




Pas besoin de chercher le câble pour passer la cassure, le pont avant se déroule devant nous.


Sur notre droite, en travers des cales, la base du mât de charge entourée de ses deux tubes marque la progression vers la seconde partie du pont.


C’est là que nous faisons la première rencontre. Une palanquée est déjà en pleine observation d’un poisson lune au nez pointé vers le haut.


Nous nous arrêtons sur place. Observé par 5 plongeurs faisant des bulles, l’animal se sent dérangé et fait mine de partir dans le bleu…



… Pour finalement obliquer et venir tourner devant nous et traverser le pont avant de s’évanouir dans le bleu.




Nous aurions pu terminer là l’explo et remonter avec le sourire. Mais nous n'en sommes qu’au début de la balade et nous poursuivons vers la proue.
Sur le gaillard d’avant, la tourelle bâbord est la seule encore dressée des 4 dont l’épave était équipée.



Nous continuons jusqu’à la proue entourée d’une nuée de poissons.


Les ancres sont encore à poste.


De ce point de vue, la proue, la tourelle et les premières cales sont visibles jusqu’à la base du mât de charge que l’on distingue. Nous avons largement le temps de faire le retour pour visiter le château…

A suivre…

Plus petite, plus vieille, plus disloquée mais plus accessible

Article initialement paru en 2009.

Cela fait bien longtemps que je n’ai plus parlé du Pytheas. Cette épave n’a absolument rien en commun avec les 4 cargos de la région, et peu avec le Bazan. Le Pytheas semble être la plus vieille épave répertoriée du secteur (à moins que quelqu’un me communique des coordonnées d’une autre épave plus ancienne…). Il a coulé 41 ans après sa mise à l’eau, il y a un peu plus de 112 ans, ce qui lui donne un âge respectable. A l’inverse des autres, il a coulé tout seul, enfin, sans l’aide d’un sous-marin ni même d’une panne des machines. Les roches et la météo ont suffi. Comme le Bazan qui a sombré au bas des mêmes falaises, un peu plus loin, c’était un trois-mâts vapeur. Mais il était plus petit, mesurant seulement 50 m. Et malgré la proximité immédiate des roches, l’exposition aux caprices de la mer et le travail des scaphandriers, il reste plus de vestiges du Pytheas que de son voisin.

La plongée se déroule, entre 3 et 15 m, sur 4 zones : la chaudière, la poupe, les membrures et la zone de la proue.

La chaudière.
Ce gros cylindre, d’environ 3 m sur 3, peut être la première image de l’épave.


Peu encroûtée, en partie couverte de gorgones blanches, sa surface accueille nombre de flabellines, hervias, planaires et clavelines.


Je suis toujours intrigué par une zone sans aucune colonisation ni encroûtement visible comme sur le reste de la surface, selon un découpage net et précis dans la zone pourtant la plus habitée par les gorgones. Est-ce dû à un alliage différent ? A une toxicité du substrat ?


L’ouverture circulaire près de la base, côté vers le large, permet de jeter un œil aux tubulures à l’intérieur envasé.



La poupe.
C’est la seule structure du navire en partie conservée.


Elle est posée sur bâbord et ce qui devait être le gaillard d’arrière est à présent très ajouré.


En contournant par l’arrière, la cambrure très accentuée se dessine et on découvre les emplacements vides de l’hélice et du gouvernail, disparus.



En remontant vers la côte, on longe ce qui reste de la quille et ce qui doit être un segment de l’arbre de transmission.



Les membrures.
En remontant en direction de la côte, sur une vaste surface de la pente douce s’étalent les membrures.



Il faut fouiller sous ces tôles pour dénicher les poulpes. Puis, en remontant la pente, on rejoint la paroi rocheuse.


Il faut passer sous l’arche pour accéder à la dernière zone à visiter.



La zone de la proue.
Dans cette faille étroite et peu profonde se trouvent des restes des chaînes de mouillage.


Les anneaux sont soudés par la rouille et l’encroûtement.


Juste à côté se trouve l’une des deux ancres.


Il y a 2 ans encore, la seconde ancre était posée contre celle-ci. Elle s’est évaporée… Je suppose qu’elle doit servir de bibelot dans un jardin, au bord d’une piscine, dans un salon… M’étant replongé dans le livre d’Hervé Levano Les Epaves de la Côte Vermeille, une de mes références pour ces histoires d’Histoire, je suis tombé sur un petit encart que j’avais oublié (p. 38) :
« Une ancre ancienne, parée d’épaisses concrétions, est bien plus belle sous l’eau qu’à l’air libre. Combien d’ancres de ce type ont-elles rouillé au fond d’un jardin ou devant une capitainerie ? J’espère que les lecteurs sauront se contenter d’observer sans les remonter… »
J’ai cité cet exemple de vol égoïste dans un article paru récemment. J’en parlerai plus largement prochainement dans ces pages virtuelles.

[Depuis, la 2e ancre a réapparu, à sa place. NDLR]